Version détaillée de notre projet

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Le présent projet s'inscrit dans les débats contemporains portant sur la « présence du passé » dans la vie contemporaine. Ces discussions variées ont conduit à diverses conclusions dont la plus importante est que, même si la justesse des connaissances historiques a maintes fois suscité des préoccupations, l'histoire demeure une ressource culturelle d'intérêt pour les citoyens dans la clarification de l'identité personnelle et des enjeux publics dans le monde actuel. Dans ce contexte, il est important d'assurer un accès suffisant et nécessaire aux renseignements et aux analyses sur le passé. Nous avons lancé un programme de recherche, d'études et d'activités intitulé « Nouveau regard sur l'histoire du travail au Nouveau-Brunswick : Les enjeux contemporains vus dans une perspective historique », qui se concentre sur la nécessité d'informer la mémoire publique sur les questions relatives à l'expérience du travail dans la province du Nouveau-Brunswick.

Cette enquête s'attaque à un malaise qui prévaut au Nouveau-Brunswick quant à l'avenir social, culturel et économique de l'une des provinces les plus vieilles et, historiquement, les moins favorisées du Canada. La province connaît une faible croissance démographique et attire relativement peu d'immigrants. Les niveaux d'emploi sont une source de grande inquiétude, en particulier à l'extérieur des principaux centres urbains. Les jeunes citoyens sont préoccupés par l'incertitude qui pèse sur leurs perspectives d'avenir dans cette province où les normes d'emploi et autres droits prévus par la loi sont plus faibles que dans la plupart des autres provinces canadiennes. Diverses questions sont source de controverses incessantes, notamment les normes de travail, les services publics, l'équité salariale, la charge de travail, la santé, la sécurité et l'indemnisation, la sous-traitance et la privatisation des services. Du point de vue des syndicats, le grand public - et peut-être aussi le gouvernement - ne comprend pas bien le contrat social entre travailleurs, employeurs et gouvernements, qui s'est avéré l'une des principales réformes sociales du XXe siècle. C'est là une question particulièrement cruciale à une époque où tant les ressources que les secteurs industriels subissent des transformations, où le secteur public fait souvent l'objet de restructuration et où la révolution numérique crée de nouveaux secteurs d'emploi. Dans ce contexte, notre investigation se fonde sur l'idée que le moment présent fait partie d'une histoire plus vaste et que les connaissances historiques peuvent être activées de façon constructive pour accroître la compréhension des défis contemporains chez le public.

Il est vrai aussi que le récit du Nouveau-Brunswick demeure pratiquement invisible dans les comptes rendus sur l'histoire du travail au Canada au XXe siècle, bien que la province ait compté l'une des premières fédérations de travailleurs du pays et certains des premiers syndicats du secteur public. De plus, les contributions des travailleurs et des syndicats sont rarement évoquées dans les discussions sur l'identité néo-brunswickoise, qui ont tendance à mettre l'accent sur les moments fondateurs du XVIIIe siècle tels que la déportation et le retour des Acadiens et l'arrivée de Planters de la Nouvelle-Angleterre et de Loyalistes de l'Empire-Uni. Dans ce contexte, le projet met de l'avant une question de recherche fondamentale qui vise, dans un premier temps, à relever les changements survenus dans la vie active des Néo-Brunswickois au cours des dernières générations et, dans un deuxième temps, à examiner le rôle des mouvements syndicaux dans le processus de changement social. Dans le premier cas, nous cherchons à documenter l'expérience du travail en tant qu'identité partagée parmi la population du Nouveau-Brunswick et, dans le second cas, nous cherchons à analyser l'activisme de ceux qui ont participé à l'un des principaux mouvements sociaux du XXe siècle. En formulant la question de cette façon, le programme de recherche tente d'incorporer dans le domaine de l'histoire du travail tant l'histoire sociale que les approches institutionnelles qui ont été courantes dans les dernières décennies.

Le projet lui-même a été rendu possible grâce à une subvention de recherche échelonnée sur cinq ans, attribuée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada dans le cadre d'un programme destiné à promouvoir l'interaction entre les chercheurs universitaires et les organismes communautaires. Les Alliances de recherche universités-communautés sont un programme relativement nouveau qui fait appel à des partenariats de travail entre les universités et d'autres institutions. D'une certaine façon, la question de la « pertinence sociale » des initiatives de recherche, que l'on trouve souvent dans les formulaires de demande de subvention, est directement validée par la participation des partenaires communautaires. La participation d'organisations syndicales procure un lien direct avec les représentants les plus visibles de la main-d'œuvre provinciale, alors que la participation des institutions publiques nous met en relation avec les personnes qui sont responsables de la conservation et la diffusion de l'histoire et du patrimoine dans la province. Dans chaque cas, les partenaires ont contribué à définir les objectifs spécifiques qui répondent à leurs besoins tout en participant à la poursuite des objectifs plus larges définis par l'équipe de recherche. Du côté universitaire, le projet rassemble les chefs de file parmi les praticiens de l'histoire du travail dans la province, en poste dans les deux universités provinciales, l'une de langue anglaise et l'autre de langue française, ce qui constitue en soi une forme significative de partenariat dans la seule province officiellement bilingue du Canada.

Le projet s'articule autour de cinq axes de recherche qui correspondent à des préoccupations et à des intérêts communs. Les cinq domaines de recherche thématiques peuvent être brièvement décrits comme suit :

1. Solidarités provinciales
Ce domaine de recherche a pour objectif d'établir une compréhension de l'action des syndicats dans l'histoire de la province en ce qui concerne la représentation de leurs membres et l'influence exercée sur les politiques publiques. C'est l'histoire d'une solidarité grandissante qui remonte jusqu'aux origines de la Fédération du travail du Nouveau-Brunswick (fondée en 1913).

2. Le travail en Acadie
L'expérience du travail et l'activité syndicale sont des thèmes qui ont été négligés dans les études sur l'histoire de l'Acadie. Nous visons à favoriser une meilleure compréhension des contributions économiques des Acadiens et de leur vie active en portant notre regard sur les questions relatives à la survie des communautés, au dépeuplement régional et à l'accès à l'emploi.

3. Un territoire contesté : la transformation des forêts
Les habitants du Nouveau-Brunswick ont régulièrement réagi à d'importants changements économiques et technologiques survenus dans les industries axées sur les ressources naturelles, qui constituent depuis longtemps les piliers de l'économie néo-brunswickoise. Une étude de cas d'envergure s'intéressera spécifiquement à leur expérience du travail dans les industries forestières au cours du XXe siècle.

4. Le travail des femmes : un examen axé sur les soins
Le travail des femmes est demeuré caché et sa contribution à l'économie provinciale a été sous-évaluée. À l'intérieur de ce cadre de recherche, une vaste étude de cas examinera le travail des femmes dans la prestation de soins, en accordant une attention particulière au travail des infirmières et à leurs activités syndicales.

5. Lieux historiques ouvriers
La commémoration publique d'événements ou de personnages soulève des questions importantes sur la nature sélective de la mémoire historique et la représentation de celle-ci dans la sphère publique. Nous nous proposons d'attirer l'attention sur un certain nombre de statues, de monuments commémoratifs et autres symboles culturels associés au monde du travail qui marquent le paysage de la province, en examinant leur histoire et en expliquant leur origine.

Nos méthodes puisent dans les ressources traditionnelles que sont les sciences sociales et humaines et les études contemporaines sur le travail, mais nous poursuivons des résultats variés. Outre les articles et autres publications du genre que produisent normalement les universitaires, les résultats comprendront une série d'ateliers sur l'histoire du travail axés sur la communauté, des présentations lors de réunions d'organismes partenaires, des expositions muséales et autres, du matériel d'enseignement et d'apprentissage destiné à l'éducation au travail et aux classes dans les écoles publiques, la présentation de vidéos et un important site Web interactif. Le recours à l'histoire orale est tout à fait approprié dans le cadre de la stratégie de recherche, car l'histoire orale joue un rôle particulièrement important dans la démocratisation de la pratique de l'histoire : elle se traduit par la création d'un registre historique durable là où les sources traditionnelles sont inadéquates ou n'ont pas été conservées, et elle implique la collaboration active entre des enquêteurs informés sur le plan historique et des informateurs dans la mémorisation de souvenirs tirés d'une longue expérience personnelle. Dans les premières étapes du projet, nous avons accordé la priorité aux activités dans ce domaine afin d'aider à constituer les collections d'histoire orale des Archives provinciales et du Centre d'études acadiennes.

Notre programme de recherche et d'activités est conçu pour produire un vaste ensemble de ressources, de recherches, de renseignements et d'analyses concernant l'expérience du travail et l'organisation du travail au cours du siècle dernier. C'est un programme vaste et ambitieux, mais l'envergure provinciale des travaux et les partenariats organisationnels et institutionnels ont aussi pour effet de rendre cette entreprise réaliste pour une petite équipe de recherche basée à deux universités de taille petite ou moyenne. Comme on pourrait s'y attendre, il s'agit d'un projet à « forte concentration de main-d'œuvre » dans lequel la plupart des fonds serviront à appuyer les responsables du projet et les assistants de recherche, et à financer les bourses d'études supérieures. L'importance attachée au développement des capacités de recherche et de diffusion répond à un autre objectif du programme, soit la formation et la préparation de chercheurs et chercheuses dans le domaine des études sur le travail et, plus généralement, de l'histoire publique.

Dans toute cette démarche, nous partons du point de vue selon lequel les connaissances historiques sont une source de renforcement du pouvoir et peuvent être mises à contribution de façon constructive pour améliorer les connaissances de la population. Le projet contribuera à répondre aux besoins exprimés par les établissements du patrimoine et les organisations syndicales, tout en satisfaisant le désir des historiens de participer à des formes publiques de diffusion du savoir en même temps qu'ils réaliseront des recherches originales en histoire. Dans le contexte du Nouveau-Brunswick actuel et des défis qu'il doit relever, le projet permettra de mettre en relief l'importance du monde du travail comme étant l'une des principales expériences communes dans la croissance de la société provinciale.


Version abrégée de notre projet

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Solidarités provinciales | Le travail en Acadie | Territoire contesté | Le travail des femmes | Lieux historiques ouvriers

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