FTTNB Prix de solidarité - Spencer R. Guitard (2005)

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La valeur des syndicats pour les travailleurs, les travailleuses et la société

Par Spencer R. Guitard
Dalhousie Regional High School


Spencer R. Guitard - FTTNB Prix de solidarité 2005 Toute personne qui travaille, qui que ce soit, veut toujours être traitée comme tout/e citoyen/ne qui travaille fort le devrait : des salaires justes, de bonnes conditions de travail, une bonne protection de l'emploi, et en général être traitée avec respect et dignité.

Les mouvements syndicaux aident à exprimer les idées et les opinions des gens qui travaillent, avec la possibilité de concrétiser les idées. De nombreuses personnes travaillent fort, travaillent de longues journées et de longues nuits, mais ne gagnent cependant pas suffisamment d'argent pour vivre ou encore, elles travaillent dans des lieux où les conditions de travail sont inacceptables, par exemple par rapport aux conditions hygiéniques.

C'est pourquoi de nombreuses entreprises forment des syndicats avec des associations précises. Les syndicats peuvent aider à obtenir pour les gens ce qu'ils veulent, et ils peuvent offrir une protection aux membres. C'est ce qui est arrivé à mon père et à ses collègues de travail. Les travailleurs au service de Canadian Gypsum Company (une compagnie américaine) à Belledune, au Nouveau-Brunswick, ont formé un syndicat affilié aux Travailleurs des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) en juillet 2003.

Le syndicat voulait négocier une première entente. Mais après de nombreux efforts, la procédure n'a pas marché comme on s'attendait. La direction ne voulait pas reconnaître les revendications du syndicat. Alors le 19 avril 2004, suite à un incroyable vote à 100%, les travailleurs/euses de CGC ont monté les lignes de piquetage en appui de leur lutte pour obtenir leurs droits. Comme l'expliquait Kim Power, représentante nationale du SCEP, les motifs de la grève étaient la sécurité d'emploi, les inquiétudes concernant le lieu de travail, la sous-traitance, et le fait que la direction avait été incapable de négocier une première entente collective avec les travailleurs/euses.

Parfois les choses ne marchent pas bien, comme ici, par exemple. La section locale 218, SCE, est en grève depuis 326 jours (depuis le 10 mars 2005 - sic). Je gage que mon père et les autres travailleurs/euses à CGC ne pensaient jamais qu'ils seraient en grève pour une aussi longue période; nous ne faisons qu'attendre, nous demandant pourquoi le direction ne peut pas accepter l'entente équitable apportée à la table de négociation par SCEP. La réponse de la direction :

« Nous traitons de cette grève depuis le 19 avril et nous sommes en négociations depuis le milieu de l'année dernière. Nous sommes d'avis que c'est un excellent endroit où travailler, et notre offre est là. Elle offre de bons salaires et de bons avantages sociaux. » (« Strike at Canadian Gypsum reaches four-month mark », « Plant not closing: official », The Northern Light, August 28th, 2004.)

Eh bien, moi j'ai à dire que ce que vous (CGC) offrez n'est pas suffisant, si vos travailleurs/euses - dont certains y sont depuis le début - s'en plaignent.

CGC a récemment envoyé une lettre à tous ses travailleurs/euses, annonçant sa fermeture, et tout prochainement, selon la direction, la démolition de l'usine de Belledune. À mon avis cela en dit grand. C'est pas mal triste lorsque vous (CGC) ne pouvez pas accepter une entente qui est juste. Ils n'ont plutôt presque rien fait, au cours de tous ces mois, puis ils décident de fermer les portes. Mais une chose reste claire: la section locale 218, SCEP, existera jusqu'à ce que le bleu du CGC s'écrase sur la terre recouverte de gypse!

Ce n'était là qu'un exemple. Avant l'affaire CGC, j'en connaissais peu au sujet du mouvement syndical et de ses tactiques, mais j'en connais plus maintenant. Bien sûr j'ai vu des grèves à la télévision, et j'ai entendu parler de compagnies qui avaient signé des ententes avec leurs employé(e)s, suite à une certaine période à la table de négociation, mais c'est lorsque vous êtes touché par le mouvement syndical que vous commencez à en ressentir tous les effets.

Lorsque la compagnie où travaillait mon père est allée en grève, je n'avais aucune idée de ce qui allait se passer. Combien de temps passerait-il sur la ligne de piquetage, au lieu d'être au travail? Perdrait-il son emploi? La grève venait tout juste de déclencher, en avril 2004. Tous s'attendaient à une fin prochaine. J'anticipais l'obtention de mon diplôme du secondaire qui approchait, j'étais excité, mais par contre, j'étais aussi inquiet. J'avais déjà reçu ma lettre d'acceptation de l'université que j'avais choisi, mais je me suis mis à penser - comment vais-je pouvoir payer tous les frais, si mon père est en grève? Je m'inquiétais que je ne pourrais pas obtenir de prêt étudiant, puisque tout le monde n'en obtient pas. Comment pourrais-je obtenir de l'argent, si le salaire de mon père était coupé en deux, puisqu'il lui faudrait subvenir à sa famille? Je vous le dis, les onze derniers mois ont vu des temps bien difficiles, mais heureusement dans cette histoire la fin est une « bonne fin », j'ai obtenu mon prêt étudiant, et je vais prochainement compléter ma première année à l'université.

A certains moments l'année a été stressante. Je me demandais comment allaient les choses à la maison, si j'aurais l'argent pour régler la balance de la scolarité, puis ayant à étudier pour les examens de la moitié du trimestre avec ces idées me tracassant… Les choses ne se règlent pas, non plus, pour le moment mon père devra se trouver un emploi dans une entreprise qui n'indique aucune réelle croissance au point de vue d'emplois. Ma sœur étudiera bientôt au collège, je retournerai à l'université, je ne suis pas certain de ce qui se passera. Dernièrement tout semble être un immense nœud.

Bien qu'il semble que seules de mauvaises choses se soient passées en raison de la grève, à mon avis c'est un exemple positif de ce qui arrive lorsque le petit gars affronte finalement le géant. Même s'ils n'ont pas obtenu tout ce qu'ils voulaient, d'un autre point de vue, ils ont tout obtenu. Même si la première entente n'a pas été ratée (sic), les travailleurs/euses syndiqués ont prouvé qu'ils n'étaient pas à la veille de se laisser pousser de côté par des hommes en habits et cravates. J'espère que le syndicat réalise à quel point je suis moi-même, et tous les autres, fiers de leur résistance à ce qu'ils ont eu à endurer aux mains de la compagnie, et il semblerait que ce n'était pas suffisant.

Les syndicats représentent beaucoup plus que jamais, pour moi, maintenant, parce que j'ai vu ce que c'était vivre dans la « rivière » d'une grève, puisque tout action prise a un effet sur tous ceux et celles visés. Il est difficile, bien sûr, de constater les retombées possibles de tout mouvement syndical, mais malheureusement si vous voulez vraiment quelque chose, il vous faut lutter pour l'obtenir, quel qu'en soit le prix. Tout ce que vous désirez ne peut pas toujours vous être offert sur un plat en argent, nous le savons tous, ce qui rend ce grand mouvement aussi grand, c'est le fait que les gens soient prêts à lutter pour ce qu'ils veulent, plutôt que d'accepter ce qui est inférieur ou ce qui est considéré indécent.

Le problème, là où une compagnie n'est pas syndiquée, c'est que la compagnie a le dernier mot à dire au sujet des employé(e)s par rapport aux salaires, aux avantages sociaux, etc. La syndicalisation est formidable, puisqu'elle représente le meilleur moyen de contrôler les facteurs qui affectent directement les employé(e)s.

La syndicalisation représente une importante partie de la vie de la classe ouvrière, de nos jours. Elle offre un appui, le contrôle, et surtout, la possibilité d'exprimer les opinions de tous les travailleurs/euses qui ne demandent simplement qu'on les écoute, mais trop souvent les employeurs font les sourds. Si les employeurs considéraient leurs employé(e)s au degré qu'ils le prétendent, ils prendraient plus qu'un moment pour écouter les idées des gens qui travaillent pour la compagnie, car sans ces personnes, la compagnie ne pourrait pas fonctionner.

Les syndicats sont d'ailleurs fantastiques parce qu'ils offrent une protection aux gens en grève, comme par exemple mon père, dans le moment, et ils peuvent protéger la position des employé(e)s au travail en respectant l'ancienneté et d'autres méthodes.

Ce qui est le mieux, avec les syndicats, c'est qu'ils ne vous considèrent pas simplement un autre outil de la compagnie, mais comme un être humain au travail. Ils écoutent les préoccupations, et font tout en leur pouvoir pour tendre la main à un membre, en tout temps, car c'est leur raison d'être.

Tout compte fait, la syndicalisation représente un fantastique service dans [toute] entreprise, et ne peut qu'y être positive. Je serais heureux de travailler dans n'importe quel lieu de travail syndiqué, et à mon avis les gens qui parlent mal des syndicats ne réalisent tout simplement pas les effets favorables d'avoir à leur côté un syndicat fort qui offre son soutien. J'appui sans réserve ce que représentent les syndicats, ce qu'ils font, et tout simplement leur façon d'aider les membres de la population active. J'appuie ce qui vous tient à cœur, à cent dix pour cent!

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