FTTNB Prix de solidarité - Caroline Morrison (2007)

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Quelle est la valeur des syndicats pour les travailleurs, les travailleuses et la société ?

Par Caroline Morrison
Harbour View High School


Caroline Morrison - FTTNB Prix de solidarité 2007 Lorsque j'ai lu cet énoncé pour la première fois sur le formulaire de demande, je n'ai pas eu de réaction. En quoi me concerne la valeur des syndicats, moi, une étudiante d'école secondaire âgée de 17 ans ? J'ai pensé à des films que j'avais vus à propos des syndicats tels que « Norma Rae » et « North Country ». L'injustice que démontraient les entreprises envers les travailleurs et travailleuses m'a mise hors de moi, et le besoin de syndicats avait du sens. De plus, une autre chose qui m'a ouvert les yeux aux besoins de protection des droits des femmes était la façon dont les employeurs prenaient avantage d'elles. Personne ne devrait avoir à travailler dans des conditions dangereuses qui pourraient entraîner des blessures corporelles ou à leur santé, et à plus forte raison leurs vies. Les gens ne devraient pas avoir à travailler sans indemnités de maladie, ou encore, avec la peur qu'ils puissent perdre leur emploi à brûle-pourpoint sans avoir nulle part où se tourner. Je sais que le mouvement ouvrier a travaillé, au fil des ans, afin de protéger les travailleurs et travailleuses et a lutté pour leurs droits, mais qu'est-ce que cela signifie pour moi ? Eh bien, je sais que mon père est syndiqué et qu'il assiste aux réunions syndicales mensuelles. Lorsque je lui en ai parlé, j'en ai beaucoup appris sur ce que cela signifiait pour lui, et à mon tour, ce que cela signifiait pour moi.

Cela signifie que, chaque matin, mon père se lève et va travailler à un emploi qui est sécuritaire et propre en plus d'avoir un milieu de travail sain en raison de la lutte qu'a menée le syndicat, au fil des ans, pour les droits des travailleuses et travailleurs de ces régions. Il n'a pas besoin de se mettre à risque pour conserver son emploi. Il est protégé des matières et des situations dangereuses. Il doit porter l'équipement de sécurité approprié et, au fil des ans, il a reçu bien des sessions de formation à la sécurité générale ainsi que de la formation pour effectuer adéquatement son travail en particulier, ce qui le protège en plus de protéger ses collègues de travail des blessures et des décès.

Son emploi est stable dans le sens qu'il est impossible qu'il soit congédié au gré de son employeur. Il y a un processus en place que les employeurs doivent suivre afin de justifier leurs faits et gestes. Les syndicats peuvent présenter des griefs à l'entreprise lorsqu'un(e) employé(e)e du syndicat sent qu'il/elle a été traité(e) injustement. C'est donc cette démarche collective, à son nom, qui lui permet d'aller voir le représentant de son syndicat qui a reçu de la formation du syndicat afin d'instruire sa plainte, de la mettre sur papier et de la présenter à l'entreprise, à son nom, avec l'appui inconditionnel de tous les travailleurs et travailleuses. Mon père m'a confié que cela lui donnait un sentiment de solidarité avec les autres employé(e)s, un sentiment de puissance lorsqu'il a affaire à une puissante entreprise et la sécurité de savoir que son emploi est en sûreté.

Je sais que mon père reçoit un salaire syndical et que ce salaire est habituellement beaucoup plus élevé que celui des travailleurs et travailleuses non-syndiqué(e)s. En ce qui me concerne, cela signifie que nous pouvons habiter dans une belle maison, porter de beaux vêtements, ne jamais avoir à nous préoccuper pour de la nourriture et conduire une belle voiture. Cela signifie également que ma mère a été capable de rester à la maison pour s'occuper de mon frère, ma soeur et moi-même. Ce qui était de grande importance lorsque mon père était un travailleur de quarts. Mes parents ne devaient pas jongler avec les horaires, le travail et les gardien(ne)s d'enfants. Il y avait toujours quelqu'un à la maison pour s'occuper de nous. Même lorsque mon père a commencé des journées de travail régulières, cela signifiait qu'il pouvait être présent à encore plus de nos parties de sports et à nos autres activités de soirée et de fin de semaine.

Mon père a été à son poste pendant 17 ans au moulin en qualité de fabricant de papier. Ce fut le moulin qui négocia l'entente avec l'entreprise afin qu'il soit capable de retourner aux études, sans perte de salaire, pour devenir un compagnon électricien, un métier qu'il avait toujours voulu apprendre. Il fut capable de réaliser un objectif de carrière avec l'aide et l'appui du syndicat. Mon père avait aimé ses années en tant que fabricant de papier, cependant, ayant étudié l'électrotechnique pendant quelques années sans avoir obtenu son diplôme, il était ravi d'avoir l'occasion de poursuivre ce domaine. Maintenant, il adore son métier ce qui se reflète dans sa vie de famille.

Je sais qu'avec le régime d'assurance-maladie que le syndicat a négocié avec l'entreprise, nous avons toujours eu les moyens de nous procurer des médicaments. Avec trois enfants très près en âge, il y avait constamment quelqu'un qui avait besoin de quelque chose et c'était un soulagement pour mes parents d'avoir une couverture de médicaments lorsque nous en avions besoin. Il y a quelques années, ma soeur et moi avons pu avoir les appareils orthodontiques et les lunettes dont nous avions besoin, ce qui représentait de grands frais pour la famille, mais qui a été possible grâce à notre couverture de soins de santé. Cette couverture est venue en aide à une famille grandissante en m'aidant à réaliser que les syndicats protègent non seulement les travailleurs et les travailleuses, mais aussi les familles de ces travailleurs et travailleuses. Ma mère se souvient lorsque le syndicat de son père avait négocié un régime d'assurance-maladie alors qu'elle était en troisième année. Même une visite chez le dentiste représentait quelque chose de gros à l'époque pour une famille de six enfants. Il y avait toujours quelqu'un qui devait attendre pour des soins puisque les choses étaient traitées par ordre d'importance. Par ailleurs, une fois qu'ils avaient obtenu un régime de soins dentaires, il semblait comme s'il y avait constamment quelqu'un qui devait aller chez le dentiste ce qui n'était pas le cas auparavant, les visites chez le dentiste étaient rares. L'absence de toutes ces choses dans nos vies me semble étrange. Je les tiens pour acquises, pourtant, il n'y a pas si longtemps de ça que le mouvement ouvrier travaillait avec acharnement pour offrir ces avantages sociaux aux travailleuses et aux travailleurs ainsi qu'à leurs familles.

Un jour, je serai sur le marché du travail et j'espère que j'aurai l'appui d'un syndicat. Même les étudiant(e)s d'université ont des syndicats étudiants. Ils ont un(e) président(e) et un conseil exécutif qui sont élus pour représenter tous les étudiants. Il y a même des contributions syndicales qui sont comprises dans les frais de scolarité. Ils apportent les préoccupations des étudiant(e)s à l'administration afin d'assurer que leur voix se fait entendre lors de la prise de décisions. Il est bon de savoir qu'il existe le pouvoir d'un groupe de gens, qui sont tous d'accord sur les questions à examiner et qui peuvent nous représenter devant une puissante administration. Maintenant, je sais comment mon père se sent quand il a l'appui du syndicat lorsque les travailleuses et les travailleurs ont des problèmes avec l'entreprise. Il est important de ne pas se sentir impuissant dans ce monde. Le syndicat étudiant se rend également au gouvernement pour se faire entendre lorsque leurs décisions pédagogiques nous concernent. Lorsqu'il y a des milliers de jeunes électeurs et électrices qui veulent se faire entendre sur des enjeux, les politicien(ne)s écoutent. C'est la force du nombre et c'est la raison d'être des syndicats, s'unir en une seule voix en appuyant une cause et en faisant des changements.

Aux nouvelles, il est dit que certaines entreprises craignent que leurs employé(e)s tentent de former un syndicat. Il paraît qu'elles traitent mieux leurs employé(e)s et essaient de les contenter afin que ces derniers et dernières ne soient pas tenté(e)s de se syndiquer. Même avec cette façon détournée, les syndicats améliorent les conditions pour les travailleurs et travailleuses qui ne sont pas syndiqué(e)s. Lorsque j'en discute avec mon père, il me dit que les superviseurs/euses et les contremaîtres/esses qui sont de cadres inférieurs obtiennent souvent des augmentations de salaire et des avantages sociaux de l'entreprise lorsque le syndicat négocie un contrat pour ses travailleuses et travailleurs. Alors, même de cette façon, les travailleurs et travailleuses non-syndiqué(e)s bénéficient indirectement du travail effectué par les syndicats dans l'intérêt de leurs membres. Il y a également d'autres avantages sociaux issus du travail des syndicats dont profitent les travailleurs et travailleuses non-syndiqué(e)s qui me sont notamment importants en tant que femme. L'appui du SCEP concernant une loi garantissant un salaire égal signifiera une importante augmentation de salaire pour les femmes, un salaire qui était traditionnellement inférieur à celui des hommes. Il y a tellement de familles monoparentales de nos jours que cette loi aidera à l'amélioration de la qualité de vie de bien des mères et enfants. Je suis fière de savoir que mon père fait partie du syndicat qui appuie cette loi.

Alors, qu'est-ce que la valeur des syndicats pour les travailleurs/euses, et pour la société ? C'est tellement plus important que j'en étais consciente. Cela signifie que les gens travaillent pour conserver des emplois bien rémunérés dans notre communauté, cela signifie que les travailleurs/euses et leurs familles ont des indemnités de maladie, cela représente du pouvoir et du respect pour les travailleuses et les travailleurs au travail et cela signifie que les travailleurs et les travailleuses sont libres de travailler dans un milieu sécuritaire. Cependant, ce dont j'ai finalement pris le plus conscience, c'est que le mouvement ouvrier est justement cela, un mouvement, quelque chose de dynamique, qui ne s'arrête pas une fois les droits gagnés, mais qui avance en gardant un oeil vigilant pour toute tentative d'enlèvement de ces droits durement acquis. Le milieu de travail change constamment, il va de même pour les besoins des travailleurs et travailleuses. Lorsque j'entrerai sur le marché du travail, je comprendrai mieux comment sont les choses pour une employée et quels sont certains de mes droits en tant que travailleuse. Avec un peu de chance, j'aurai l'appui d'un syndicat et une meilleure connaissance du travail effectué en coulisse afin de me protéger moi et mon emploi.

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