FTTNB Prix de solidarité - Caroline Morrison (2008)

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La valeur des syndicats pour les travailleurs, les travailleuses et pour la société

Par Caroline Morrison
University of New Brunswick, Fredericton


Caroline Morrison - FTTNB Prix de solidarité 2008 À mon avis, les mots « mouvement ouvrier » évoquent une image d'une marée humaine marchant à l'unisson ayant un ensemble de buts et d'objectifs en commun. Je vois le pouvoir qui repose avec les chiffres, relié par leur dessein et leur direction, et la puissance chez ce mouvement de travailleurs et travailleuses. J'y perçois également la solidarité comme un mur qui ne peut s'effondrer sous toute force quelconque. Le mouvement lui-même signifie un processus dynamique qui prend de l'ampleur et qui change avec le temps. Il est ni stationnaire, ni satisfait du statu quo. Le mouvement signifie constamment avancer, faire des progrès, mais pas toujours dans une ligne droite et rigide. Le mouvement peut également représenter un changement de direction et une souplesse selon les besoins du temps. Toutefois, personnellement, ce sont le pouvoir et la solidarité qui m'apportent la plus grande signification.

J'ai grandi dans une famille pour laquelle le mot « syndicat » avait une grande signification. Mon père, mon grand-père et mon oncle sont tous où étaient tous membres d'un syndicat. Dans les années 1960, mon autre grand-père a travaillé avec diligence à l'établissement d'un syndicat ou d'une association de policiers qui assurerait à ses membres de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire, une meilleure formation et de meilleurs services de santé. Le premier grand-père que j'ai mentionné siégeait à l'exécutif de son syndicat dans les années 1960 et raconte avoir négocié directement bien des enjeux avec le propriétaire du moulin. Il a également aidé à obtenir de meilleures heures et conditions de travail, de meilleurs salaires ainsi que de meilleurs services de santé pour lui et ses collègues. Il travaillait avec acharnement afin de garder les voies de communication ouvertes entre le syndicat et les gestionnaires de façon à ce que les enjeux puissent être résolus rapidement et de façon juste pour le mieux-être de tous tout en évitant de longues interruptions de travail. Ce genre d'engagement et de dévouement lui a permis de préparer le terrain pour les conditions de travail actuelles dont profitent mon père et mon oncle ainsi que pour le mode de vie dont nous jouissons aujourd'hui.

Je suis également consciente du fait que mon père et mon oncle doivent continuer à être vigilants et de ne pas tenir pour acquis les avantages que leur ont offerts mon grand-père et bien d'autres gens. Eux aussi sont impliqués avec leurs sections locales afin de continuer la lutte pour leurs droits en tant que travailleurs. Les enjeux qu'ils doivent affronter aujourd'hui ne sont peut-être pas les mêmes que durant les années 1960, mais cela ne les rend pas moins importants. Selon moi, il s'agit du côté dynamique d'un mouvement ouvrier, pour changer et grandir avec les besoins et les enjeux des travailleurs et travailleuses en cette période de changements sur le plan économique. Avec la diminution de la main-d'oeuvre en raison de l'automatisation et de la spécialisation, bien des emplois de travailleurs et travailleuses ont été éliminés. Plus tard, ces travailleurs et travailleuses se font remplacer par des entrepreneurs de l'extérieur. Ces personnes proviennent de l'extérieur de l'entreprise et comblent des postes syndiqués, cependant, ils ne touchent pas de salaires syndicaux et ne reçoivent aucune prestation syndicale. C'est injuste pour eux et pour ces travailleurs et ces travailleuses qui ont perdu leur emploi dans le processus. Souvent, ils ne possèdent pas la même formation que reçoivent les travailleurs et travailleuses de l'entreprise ni le même engagement envers le travail. Aujourd'hui, l'embauche de travailleurs et de travailleuses de l'extérieur de l'entreprise représente un enjeu important pour mon père et mon oncle. Leur première priorité est de protéger les emplois syndiqués. Bien des enjeux sont restés les mêmes depuis l'époque de mon grand-père, y compris les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail sécuritaires. Toutefois, de nombreux enjeux ont aussi évolué et par conséquent, le syndicat a également dû changer d'orientation afin de pouvoir se consacrer aux différentes préoccupations.

Ma famille a aussi bénéficié du travail accompli par le syndicat en ce qui a trait aux avantages en matière de santé afin que ma sœur et moi puissions nous faire placer des appareils orthodontiques; afin que ma sœur puisse porter des lunettes et des verres de contact; afin que nous ayons une couverture pour des ordonnances lorsque nous étions jeunes et afin de ne pas avoir à s'inquiéter d'où l'argent provenait pour couvrir ces dépenses. Je sais qu'il existe bien des familles qui ne possèdent pas de protection supplémentaire en matière de santé et, par conséquent, elles ne peuvent recevoir les soins dont elles ont besoin.

Le salaire gagné par mon père a donné la possibilité à ma mère de rester à la maison lorsque mon frère, ma sœur et moi étions plus jeunes, afin de s'occuper de nous. Cela nous a permis d'avoir une présence constante dans nos vies lorsque mon père était un travailleur posté. Ma mère était donc capable de nous reconduire à nos parties de soccer après l'école et d'être présente lors des activités scolaires ce qui nous allouait la liberté de participer à n'importe quelles activités après la classe et de ne rien rater.

Depuis que j'ai entamé mon deuxième été à titre d'étudiante salariée, j'ai entendu parler, à maintes occasions, d'employeurs qui profitaient de la naïveté, du peu d'expérience, ou de la crainte de la perte d'emploi de leurs employés afin de les pousser à assumer davantage de responsabilités pour lesquelles ils ne sont pas préparés ni formés. Être vulnérable signifie n'avoir aucun pouvoir ni puissance dans une situation donnée. Il pourrait s'agir d'une vulnérabilité personnelle telle une femme qui se fait harceler dans un emploi à prédominance masculine, une vulnérabilité financière telle un étudiant qui se retrouve devant d'énormes frais universitaires à l'automne, ou même une vulnérabilité de jeunesse où une personne est jeune et ne cherche qu'à faire plaisir à son employeur au lieu d'être conscient de ses droits fondamentaux en matière de sécurité au travail. Sans aucun recours disponible, les employés vulnérables se contentent souvent de conditions difficiles ou dangereuses dans leur milieu de travail pourvu qu'ils reçoivent leur paie. Ceci représente une autre partie de la signification du mouvement ouvrier qui m'impressionne. Il protège les travailleurs et les travailleuses et leur confère du pouvoir. Donc, ils ne se sentent dorénavant plus vulnérables dans leur lieu de travail. Il leur permet de se faire entendre lorsqu'ils doivent faire face à des pratiques répréhensibles de la part des employeurs. En tant que jeune femme s'apprêtant à intégrer le marché du travail dans quelques années, je serai à la recherche d'une sécurité d'emploi, d'un bon salaire, d'avantages sociaux convenables et d'un milieu de travail où les travailleurs et les travailleuses sont égaux. Je sais qu'un emploi syndiqué pourra m'offrir tous ces avantages et bien plus. L'idée d'avoir un groupe solide qui m'appuie m'est très attrayante. J'éprouve de la sympathie pour ces travailleurs et travailleuses, surtout pour les femmes qui essaient de soutenir leur famille, qui se sont vues refuser l'occasion de se syndiquer et de profiter du mouvement ouvrier.

Je me souviens avoir visionné le film North Country et d'avoir été complètement perturbée par la façon dont les travailleurs et les gestionnaires traitaient les travailleuses dans un milieu de travail à prédominance masculine. À l'époque, les femmes n'avaient que deux choix : soit subir le harcèlement et les supplices infligés par les hommes ou encore démissionner. De nos jours, il est difficile de croire que les femmes doivent affronter ce genre de comportement et à plus forte raison qu'elles soient obligées de prendre des décisions si ridicules. Elles ne devraient jamais avoir à subir des choses de la sorte, et ne devraient certainement pas démissionner. Dans ce film, la mère avait deux enfants à la maison qu'elle devait soutenir. C'est toujours le cas pour bien des mères monoparentales au travail aujourd'hui. Donc, une démission n'était jamais une possibilité, mais être forcée à subir de tels faits et gestes ne l'était pas non plus. Les femmes devraient avoir le droit de travailler où bon leur semble et d'être traitée comme tout autre employé. Les syndicats redonnent aux femmes leurs droits de parité salariale pour un travail de valeur égale, un environnement libre de harcèlement et une façon de se faire entendre avec les gestionnaires si de tels problèmes se présentent. À titre de femme, j'espère que ces mêmes conditions de travail seront présentes dans mon emploi futur en plus d'avoir l'appui inconditionnel d'un bon syndicat.

Donc, que signifie le mouvement ouvrier pour moi ? Je suis d'avis que je, ainsi que des milliers de travailleurs et travailleuses acharnés, serons récompensés et traités avec le respect que nous méritons dans nos milieux de travail; le respect que mon grand-père et bien d'autres gens comme lui ont lutté pour obtenir. Le mouvement ouvrier touche bien des travailleurs et travailleuses, mais son travail n'est pas terminé puisqu'il existe encore bien des gens à rejoindre qui pourraient profiter des avantages de salaires convenables, de conditions de travail sécuritaires, de bons emplois et d'une bonne sécurité d'emploi. Il est facile de voir que la syndicalisation d'employés est une très bonne chose lorsqu'on entend parler des nombreuses corporations qui s'opposent à leur formation au sein de leurs entreprises.

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